Le coût du réchauffement : des économistes à la rue
Dans le style le plus rationnel et le plus indifférent au monde, Frédéric Gonand écrit dans l'Opinion du jeudi 7 mai que le réchauffement climatique abaissera de 0,03% le PIB jusqu'en 2060. "En moyenne" nous dit-il.
Le rapport de Sir Nicholas Stern en 2006 n'a pu échapper à un professeur d'économie de Paris Dauphine. De même que ceux de Stiglitz ou de la banque mondiale. Il ne peut s'agir donc que d'un déni intentionnel de la part de l'auteur. Il y a une chapelle d'économistes qui voudraient que les sciences humaines fussent plus exactes encore que les mathématiques. Si certains écologistes nous blasent en lançant chaque matin l'alerte à l'apocalypse imminente, certains économistes nous abusent inversement en déniant tout impact du réchauffement sur l'économie. Au mépris de tout esprit scientifique, ils passent sous silence les études sérieuses sur le sujet parce qu'elles contrecarrent leur vision doctrinaire de la réalité...
Que les économistes affectionnent de raisonner "toutes choses étant égales par ailleurs"... ne doit pas leur faire oublier qu'il s'agit d'une conjecture, déconnectée du réel pour isoler et observer un seul paramètre de ce réel. Si les ressources se sont raréfiées, si les conflits mondiaux se sont développés, si l'humanité ne mange plus à sa faim, si l'eau potable se paie 10 fois le prix d'aujourd'hui, si les Chinois privatisent l'agriculture africaine, si les flots de migrants génèrent des guérillas en Europe du Sud, si si si... l'on ignore tous ces facteurs qui agissent en amont du fait économique sur la motivation de ses "acteurs"... alors oui, on peut affirmer avec un simplisme condescendant et pour tout dire sidérant que l'unique conséquence sera un -0,03% de PIB. Sauf à être économiquement responsables. Ce que n'est pas le chroniqueur professeur M Gonand.
La complexité semble être chose que les théoriciens et professeurs d'économie refusent appréhender. Ils n'ont pas les pieds sur terre, puisque leur métier est d'analyser et d'enseigner. Et si l'on faisait parler les hommes d'action pour voir ce qu'ils en pensent?... entrepreneurs, porteurs de projets, artisans etc... Qui s'y colle... l'Opinion?
Alexis Monjauze