L'incendie à la Préfecture au Puy en Velay, une violence adressée au Préfet Rousset ?

Au terme de cette soirée du samedi 1er décembre, une aile de la préfecture au Puy en Velay brûle partiellement sur 2 niveaux. Cette destruction nous choque tous. C’est révoltant, inacceptable. Et très inhabituel ici où les manifestations sont par tradition non violentes.

J’ai mené mon enquête, dans les médias, les réseaux sociaux et au-delà. Les témoignages que j’ai réunis tournent tous autour d’une même explication. Finalement, l’incendie ne découle-t-il pas avant tout d’une situation locale d’extrême tension entre un Préfet et une population qu’il a mis en colère?

 

Yves Rousset, le préfet du département, a choisi de faire de la Haute Loire le département le plus répressif de France en matière de sécurité routière. Il s’en est expliqué dans de nombreuses réunions et conférences de presse. Alors qu'il y a déjà 28 radars pour 220.000 habitants, le Préfet a annoncé qu'il voulait arriver à 100 radars en 2019.

 

Les habitants étaient déjà plombés par le 80 km/h. Dans notre département rural, la vitesse « naturelle » de beaucoup des routes nationales se situe autour de 110 km/h. Peu de gens respectaient le 90 km/h avant. Mais à 80 km/h, se déplacer en campagne devient un calvaire interminable, avec un coût de déplacements et une vitesse complètement inadaptés. Quand le Préfet est venu ajouter une 2e couche avec sa distribution générale de radars, beaucoup de gens se sont sentis entravés, agressés, criminalisés… Une injustice.

 

Fin octobre dernier, l’averse de neige avait été annoncée une semaine à l’avance. Le Préfet et le département avaient le temps de préparer leurs troupes. Ils n’ont rien fait, rien. Deux saleuses sont arrivées après la bataille le lendemain. Ce fiasco incombe au Préfet. Autour de Pont Salomon, plus de 1200 personnes sont restées bloquées une nuit entière dans leurs voitures faute de déneigement. Interrogé par les médias, il a expliqué que ses services avaient été surpris par cette neige. Toute le monde était au courant dans le département, sauf lui.

 

Enfin, dans les jours qui ont précédé le rassemblement du samedi dernier, le Préfet Rousset prenait un ton martial dans les médias locaux : « les forces de sécurité intérieure seront particulièrement mobilisées samedi pour procéder en cas de trouble ou de désordre aux interpellations de ses auteurs. Des procédures judiciaires contre ces derniers mais également contre les organisateurs identifiés seront diligentées." Il n’y avait eu aucun heurts depuis le début des Gilets Jaunes en Haute Loire. Alors pourquoi ce discours si provocateur ?…

 

Samedi 1er décembre, quand les 5.000 manifestants occupent la place Du Breuil, le Préfet Rousset se met à sa fenêtre. De là-haut, pendant 2 heures, accompagné de ses directeurs de cabinet, il filme et commente… pendant que la Police envoie sur la foule pacifique des salves de lacrymogènes, sans distinction. Quelques-uns mettent le feu à des palettes devant les grilles de la préfecture. Des agriculteurs font un tas avec des pneus et du fumier dans la cour de la préfecture. Tout l’après-midi, la police gaze et énerve les Gilets Jaunes, pourtant statiques et paisibles hors mis une vingtaine d’excités. Le mode opératoire des CRS est si inapproprié qu’on suppose qu’il s’agit de pousser les gens à bout, jusqu’à l’erreur. Le Préfet reçoit une délégation vers 16h30 mais il n’en sort rien.

 

Beaucoup de manifestants partent vers 17h. Au même moment, la police quitte aussi les lieux, laissant la place Du Breuil vide. Pour quelle raison ?... Alors que les tensions sont au plus haut dans la journée, c’est à peine croyable !

 

Peu après, on signale un départ de feu sur un volet fermé et une porte de la préfecture. Aucun pompier ne vient pendant presque une heure. La caserne est à 800 m. Comment est-ce possible ? Certains officiels ont dit que des manifestants les avaient bloqués. Aucune image ne l’atteste…

 

Alors voilà : cet incendie déplorable semble être l’œuvre commune d’actes malheureux et criminels :  ceux qui ont mis le feu au bâtiment d’un côté, celui qui a vexé, harcelé et provoqué de l’autre, et enfin ceux qui ne sont pas venus l’éteindre quand il était temps.

 

Le bâtiment a été la victime expiatoire de ces tensions. Et les larmes du Préfet qui témoigne au milieu des ruines de la Préfecture paraissent bien déplacées...

 

Alexis MONJAUZE

 

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